Les démocrates nous donnent-ils une leçon de démocratie ou bien se fourvoient-ils dans les méandres d’une bataille stérile qui tient plus de la querelle de personnes ? Pour ma part, j’opte pour cette dernière hypothèse, en regrettant que deux candidats a priori talentueux n’aient pas su s’entendre pour gagner. Ensemble.
A mon avis, il est trop tard, et leur dernière campagne en Pennsylvanie, à coups de spots assassins et de millions de dollars, ne donne pas l’image d’une démocratie saine mais plutôt embarrassée. Entre pubs pour des yaourts ou des lessives, Hillary et Barak rivalisent de mauvaise foi, extirpant ce qu’il peut y avoir de pire pour se dénoncer. Est-ce le but avoué ou bien veulent-ils faire élire Mc Cain, un républicain pur (un soldat exemplaire en tout cas) mais dur (plus déterminé que Bush dans la suite à donner à la guerre Irakienne) ? Dans ce cas, ils vont réussir.
Car je crois qu’au fur et à mesure que la campagne s’étire, les ressentiments s’exacerbent des deux côtés démocrates et certains préfèreront voter pour le camp adverse plutôt qu’enterrer la hache de guerre. Il faut dire qu’Hillary ne lâche pas le morceau et semble vouloir aller jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. Elle a pourtant perdu dans les chiffres puisque Barak Obama a pour lui 28 Etats contre la moitié pour sa rivale et seuls, a priori, les grands électeurs vont pouvoir les départager. Des grands électeurs qui n’ajouteront rien à la grand messe démocratique. Bien au contraire, ce seront chasse aux voix dans les coulisses et tentative de débauchage pour que ces électeurs dits grands basculent chez l’un ou l’autre. Pourtant, il suffit d’écouter Barak Obama, notamment son dernier discours en hommage à Martin Luther
King, de voir sa façon de haranguer les foules, de les déplacer pour se dire que ce serait un formidable élan s’il était élu. Et Hillary Clinton serait bien inspirée de se retirer avec élégance avant la déconvenue. Mais elle a tellement attendu dans l’ombre de son mari, elle se croit tellement promise au poste, elle en a tant bavé, qu’elle veut sa part de gâteau, sa place au Capitole. Quitte à tomber sur les marches de l’histoire, avant ou après le Congrès.
Une femme à la tête du pays, encore le plus puissant du monde, c’était une excellente perspective et Hillary avait d’indéniables qualités mais là, à vouloir forcer le destin, elle en devient détestable. Pour son camp et pour son pays. Ne pas vouloir reconnaître l’évidence Obama, qui semble plus que jamais en phase avec son temps c’est faire passer son ambition avant toute chose. Et si par hasard, malgré tout, elle arrive à ses fins, je trouve qu’elle l’aura gagné de la plus vile façon : au mépris de ceux qu’elle prétend gouverner et de celui qu’elle combat avec plus d’ardeur que son véritable adversaire. Car Hillary semble mue par une soif de pouvoir qui n’est pas la quête d’un idéal ou, dans le cas d’Obama, la rencontre d’un moment dans la vie d’un peuple, mais la revanche d’une jeune fille pas très jolie, très intelligente et très ambitieuse.
En somme, deux premiers de la classe se battent pour la même marche du podium. L’un est relativement noir, l’autre est passablement blanche, cela risque de nous faire une présidence grise alors qu’on aurait tant aimé une victoire de l’espoir, haute en couleur.
Henri-Jean Anglade
Le dessin vient d'ICI
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