Fabre, l’entomologiste du Louvre
Voici une note d'Henri-Jean sur Jan Fabre, écrite il y a quelques semaines.
Le blog d’Henri est un formidable révélateur d’art contemporain, notamment en matière de
photographie, HK se piquant lui-même du clic-clac avec succès et un intérêt qui tient (pour moi) à la valeur d’humanité de ses instantanés.
Quoique jouant ici le rôle du Bernard-l’ermite en tant que billettiste, je ne me cantonne pas qu’à la politique, même si depuis un an elle offre un certain renouveau dû en partie à l’arrivée de l’hôte de l’Elysée. Il est un autre hôte qui m’intéresse cette fois-ci, dans le registre plus culturel, c’est Jan Fabre. Car il est pour quelques mois l’invité du Louvre dans ses murs, à l’étage au combien noble des grands peintres du Nord, les Flamands à leur apogée (au 2ème étage, aile Richelieu, prix à partir de 18h, 6 €, le mercredi nocturne à 22h).
Je suis donc allé voir cette suite d’installations in situ sous le titre de « L’ange de la métamorphose », proposées par l’iconoclaste Anversois. Lui qui a déclenché la contestation au festival d’Avignon en 2005 avec son spectacle « Histoire de Larmes » s’est assagi ou plutôt semble avoir posé ses valises pour un bilan de mi-vie (il a 50 ans) propice à la confrontation avec les chefs-d’œuvre qui l’entourent.
J’y suis arrivé circonspect, j’en suis ressorti ébahi.
Il faut dire que l’environnement prête à l’admiration quand il s’agit des plus grands maîtres d’une époque qui aligne Metsys, Vermeer, Rembrandt et Rubens (pour ne citer qu’eux). De Rubens, il est justement question puisque le clou du spectacle réside dans la galerie consacrée à Marie de Médicis, où Jan Fabre a fait déposer 450 pierres tombales de granit et un immense ver de terre (plastique et poils) de plusieurs mètres avec son propre visage et un râle en flamand qui dit « je veux sortir ma tête du nœud coulant de l’histoire ». Il y a aussi un petit perroquet en or, des plans de batailles en cire fondue avec des centaines de scarabées, un cercueil recouvert d’élytres à tête de paon, des dessins au bic, des fientes avec pigeons en verre de Murano, des armures, des plumes et des croix… Un ensemble qui pourrait passer pour un inventaire à la Prévert mais qui montre la singularité de Fabre, lequel assume une filiation symbolique et fictive avec le fameux entomologiste Pierre-Henri Fabre. L’exposition s’ouvre d’ailleurs avec un aveu en forme de clin d’œil (ou de coup de poing) ; Jan Fabre s’est représenté plus petit que sa taille réelle, avec imperméable à la Colombo, le nez écrasé contre un tableau, dans une mare de sang et sous le titre « je me vide de moi-même ».
Rien de tel que cette exposition pour se vider de préjugés, se remplir d’émotion et passer des cimaises aux installations, pour découvrir le parcours d’un artiste qui, à défaut d’égaler ses glorieux prédécesseurs (mais qui le pourrait aujourd’hui ?) leur donne un écho contemporain dans un match sans esbroufe où il n’est plus question de modernité mais de vérité.
Henri-Jean Anglade












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