Après la croissance forte, nous avons eu la croisssance ralentie, puis nous avons eu la croissance qui "cale" et maintenant la croissance négative. Nous avons quand même échappé - pour le moment - à la décroissance positive, tout en recevant la laïcité positive !
Hier, pour la première fois, le mot récession a quand même été employé par... l'INSEE, à juste titre puisque par définition, la récession s'installe quand on enregistre deux trimestres successifs en régression.
Question : mais quel est donc l'olibrius copy- writer qui écrit tous ces oxymores* plus nuls les uns que les autres, prononcés sans ciller par notre président et ses ministres ? Nos gouvernants ont quitté le terrain de la sincérité et de la
transparence pour celui du storytelling, de la manipulation des mots et des images. La stratégie gouvernementale a laissé la place à une stratégie de publicitaires (et je sais de quoi je parle...). L'authenticité a disparu des discours. Les faits sont têtus et risquent d'émerger quand la mer se retirera. Raconter des histoires (storytelliser ?!) n'a hélas qu'un temps, surtout quand il s'agit d'histoire à dormir debout.
Le dernier discours du Président Sarkozy à Toulon est un exemple caractéristique de fabrication du langage. Sa lecture me met mal à l'aise. Ce n'est pas le président qui parle, celui que les Français ont élu, mais un acteur professionnel qui prononce un texte (Henri Guaino n'est pas loin). Ce discours devant un public acquis totalement à la cause (pas de contradiction puisqu'il s'agit d'un meeting UMP !) sonne faux ; nous sommes au théâtre, les acteurs sont bons mais la pièce est jouée par des interprètes qui ont les yeux posés en permanence sur le souffleur dans son trou : Ils récitent un texte qui n'est pas leur texte. Alors, pourquoi dans ces conditions ne pas nommer Henri Guaino Vice Président ?
Mardi dernier, Thomas Legrand, chroniqueur de France Inter a fait un édito qui en dit long, sur la stratégie publicitaire qui envahit le domaine politique, tant sur Ségolène au Zénith que sur Sarko à Toulon :
Mardi 30 septembre 2008 Ségolène Royal : changement de style
Le meeting de Ségolène Royal au Zénith de Paris, samedi, est très commenté.
Le nouveau style de Ségolène Royal est, il faut le reconnaître, assez saisissant. Alors c’est très subjectif - on aime ou on n’aime pas - mais vous remarquerez que l’on retient plus sa nouvelle tunique, ses boucles sauvages et le fait qu’elle ait maintenant deux bras qui bougent, que le contenu du propos. Evidemment, c’est de la communication, c’est même de la grosse communication parce qu’une communication politique est réussie quand elle ne se voit pas. Là, on ne peut pas s’empêcher d’imaginer ses amis, la metteur en scène Ariane Mnouchkine et le producteur Dominique Besnehard lui dire « bouge Ségolène, laisse vivre ton corps ». Et puis, il y a l’aspect purement technique de la communication : le micro HF, une habitude
* comme dit l'autre, nous sommes oxymores de rire... Pour en savoir plus sur les oxymores, voir Corine Maier, easywriter
Pour le discours de N. Sarkozy à Toulon, voir le site UMP et lesechos
Pour Ségolène au Zénith, voir l'article de Libé
aux Etats-Unis. En France, c’est Jean-Marie Le Pen qui, le premier, l’a utilisé à la convention du Front National à Nice en 1988. Il avait repéré ce procédé lors d’un voyage aux Etats-Unis en regardant une chaine privée du Télévangéliste Billy Graham. Il admire le pasteur qui harangue ses fidèles, libre de tout câble grâce à la HF, ce qui à cette époque était une vraie novation. Jean-Marie Le Pen se dit sur le champ, « je veux ça » et cette technique lui a permis d’être le meilleur tribun de la classe politique jusqu’à aujourd’hui. Ségolène Royal utilisait aussi samedi des prompteurs transparents qui lui permettaient de lire le texte, de n’importe où sur la scène. Cette autre technique, maintenant très répandue, vient aussi des Etats-Unis et a été utilisée pour la première fois en France par Jacques Chirac au début des années 90’. Alors outre le changement de style -disons assez abrupt- qu’a opéré Ségolène Royal pour faire sortir la madone qui la plombait et révéler la show-girl-hyper-cool qui sommeillait en elle, finalement, il ne s’agit que de techniques assez courantes. Même si la ficelle est grosse comme une corde à nœud soyons bienveillant. Peut-être qu’à l’usage, il apparaîtra que ces procédés lui permettront de mieux faire passer son message. C’est là l’essentiel.
Mais une autre nouveauté pose plus de problèmes. Ségolène Royal a utilisé samedi exactement le même procédé que Nicolas Sarkozy pendant sa campagne : Toutes les images des retransmissions en direct sur les chaines d’information continues étaient filmées, réalisées et distribuées aux chaînes par l’organisation du meeting. Certains endroits de la salle n’étaient pas accessibles aux photographes ou aux reporters télé. Evidemment, la qualité des images réalisées par la production du meeting était parfaite et aucune chaine n’aurait eu les moyens de proposer une telle prestation. Toutes ont donc accepté de les reprendre. Les principaux discours de la campagne de Nicolas Sarkozy étaient diffusés selon ce même modèle hyper contrôlé par l’entourage du candidat.
Mais que change cette technique au fond ?
Quelques exemples : Lors de la diffusion en direct du discours, une réalisation journalistique en direct aurait sans doute montré les quelques moues dubitatives de certains militants socialistes surpris par la nature de la prestation de Ségolène Royal. Une réalisation journalistique aurait montré les prompteurs pour souligner que ce qui est présenté comme de l’improvisation n’en est pas. Lors du fameux discours de Nicolas Sarkozy le 14 janvier 2007, pendant la campagne, une réalisation journalistique aurait pu montrer –avec un plan large de la salle sans effet de grand angle- qu’il n’y avait pas 80.000 personnes comme on nous le disait mais 20.000, comme on l’a su après. Quand Nicolas Sarkozy a abondamment cité Jaurès et Blum, une réalisation un tant soit peu journalistique aurait fait un plan sur les visages des responsables UMP les plus libéraux circonspects. Il s’agit de toute une somme de petits actes, d’images choisies qui font qu’une réalisation journalistique, c’est de l’information, une réalisation fournie par le candidat, c’est de la propagande !












Bravo Henri, je n'aurais pas mieux dit (moins bien peut-être) et c'est si vrai. Le fond a disparu, on est purement dans la forme, dans la gestuelle et cela ne masque que le vide des propos, qui plus est tenus par des pantins. C'est triste, c'est désespérant, c'est la preuve que nous vivons dans l'ère du prêt-à-penser, du prêt-à-dissoudre, du prête-moi ta plume... Le pire là-dedans c'est quid des autres, des Bayrou et des Besancenot par exemple. Sont-ils différents, ont-ils autre chose à proposer ou sont-ils dans la même posture. Je m'interroge. On n'est vraiment pas sorti de la crise. Tant pis ou tant mieux, si cela débouche sur une vraie (r)révolution des mentalités, des moeurs (ah, nos chers patrons et ce que prépare le Medef), des habitudes (je consomme donc je suis) et de la morale (penser ensemble, penser aux autres et plus seulement à soi-même, à sa petite auto, à son caddy...).
Rédigé par: henri-jean | 06/10/2008 à 17:36
Vous posez à juste titre deux pbs:
- celui de la sincérité des politiques et les techniques du story telling ne sont pas en cause dans cette affaire : raconter une histoire n'est pas forcément raconter des histoires. ex : j'ai fait un rêve de Luther King. Quand on raconte une histoire à son enfant, ce n'est pas parce qu'il faut ou parce que c'est mieux pour notre image de père, mais juste parce que c'est un moment intense de partage de passions et de valeurs (bon, c'est vrai, c'est aussi un peu pour les endormir...mais là s'arrête le rapprochement avec les dérives des politiques).
- celui du contrôle de l'information : à mon avis le seul et vrai sujet et le pur scandale. On doit pouvoir savoir de quoi un événement est fait. cette propagande de part et d'autre est insupportable. Se mettre en scène, c'est accepter tous les risques : ennuyer, susciter la contestation, les questions dérangeantes et se tenir prêt. là il y a encore du progrès!
Rédigé par: Mark | 06/10/2008 à 12:48
---> Louis : oui, tu as raison. Ces vidéos sont tournées en plan fixe, sans reprise ni bidouille et ce coquin de PPC, y fait rien que de m'embêter pour me faire bafouiller !
C'est le dérapage qui nous rend humain...
@bientôt
H.
Rédigé par: henri kaufman | 04/10/2008 à 15:17
Excellent cher Henri!!
Et je rappelle que la série "Les clés du succès" est tournée sans prompteurs transparents ni obscure plume de l'ombre et encore moins de souffleurs :-)
Rédigé par: Louis van Proosdij | 04/10/2008 à 12:49
ah oui, ca c sur que la croissance negative annoncee cette semaine, ma mis ds une grande perplexitude!!!!
quant a segolene, c ca feminitude qui se lache!!
ds les cas, le pb c vraiment le fond-la forme
e t c grave vu les enjeux!
va falloir quon soit drolement ds une sacree zenitude positive!!!!!!!!
Rédigé par: stella de la rhune | 04/10/2008 à 09:24