Dans le Métro(politain), 19h30. Il y a beaucoup de monde ; une jeune femme, assise, se maquille tranquillement et avec soin. Elle est aussi à l’aise que si elle était dans sa salle de bain. Elle tient devant elle une petite boîte rectangulaire et dorée dont le couvercle fait office de miroir. Entre ses doigts, elle tient deux tubes dorés eux aussi, à l'instar d'une serveuse qui débarrasse les verres au café ; elle utilise l'un des deux tubes en trempant un pinceau dedans et garde l’autre en réserve, elle ne l’a pas encore utilisé.
Je me rend compte plus tard que l’un de ces tubes est un rouge à lèvres et l’autre, ...je ne sais pas. Il s’avère, quelques secondes plus tard, qu’il s’agit d’un produit pour les cils. La première opération de coloriage des lèvres et de cirage des cils étant terminée, elle plonge la main dans son sac, regarde en l’air pour se concentrer et farfouille minutieusement, au fond du sac. Quelques longues secondes après, elle en sort un autre onguent qui se révèle être un fard à paupières. Et elle se peint la paupière Gauche avec application, puis la paupière Droite.
Elle regarde souvent dans son miroir et je m’aperçois alors que je suis exactement dans l’axe de la ligne que ses yeux font avec le miroir. En levant légèrement ses yeux, elle verrait les miens, mais, elle ne me regarde pas. Ses yeux accommodent à 30 cm et pas à 3 mètres… Ce maquillage est pour quelqu’un d’autre.
Qui sera l’heureux élu ? qui accueillera le fruit de ces quelques minutes de mise en ordre et de ravalement de façade ? Je l’envie tout à coup, secrètement.
En quittant la rame, je jette un coup d’œil, sur sa boîte à fard (le poteau rose, le pôt au rose). Je vois plusieurs petits rectangles de couleur, un camaieü de violet, comme la palette d’un aquarelliste.
Cette jeune femme est une artiste dermatique.









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