En cette période troublée, troublante, il est étonnant, peut-être rassurant qu’un film hors norme, hors concours, hors jeu, fasse l’unanimité et dame le pion à des superproductions hollywoodiennes. Vous me direz, la France est un pays à part, pour ses vins, ses fromages, ses châteaux, ses grèves, ses écrivains germanopratins, ses ministres à lapsus et ses films hexagonaux.
Un cinéma bien de chez nous qui, chaque année, hisse un film au firmament du box-office : en 2008, ce fut celui de Dany Boon qui révéla le Ch’ti et le Maroilles aux yeux (et aux oreilles) des spectateurs ébahis ; en 2009 c’était Le petit Nicolas (pas le faux, le vrai, celui de Sempé et Goscinny) mis en scène par Laurent Tirard, et si on remonte un peu, on trouve « Les choristes », de Christophe Baratier (en 2005), gros succès populaire. La surprise, divine, en cette fin 2010 vient du film de Xavier Beauvois, « Des hommes et des dieux », qui va allègrement vers les 3 millions de spectateurs dont certains l’ont vu et revu trois fois, preuve d’une adhésion qui dépasse les cercles catholiques. A ce stade, on peut pronostiquer qu’il sera le film marquant de l’année et rien ne dit qu’en tenant jusqu’aux fêtes de Noël puis avec un César il ne doublera pas ce chiffre.
Les blockbusters américains n’ont qu’à bien se tenir, la foi se porte à l’écran et sous les traits de Lambert Wilson, le film rend un bel hommage aux moines de Tibhirine tandis que Michael Lonsdale homélie dans le silence de sa cellule.
Du coup, louée soit la critique qui fait preuve de compassion fraternelle, de Télérama « Un film splendide » au Monde « Admirable en tous points » tandis que La Croix, dans son registre souligne « Une œuvre magistrale » et le Figaro s’incline devant « Un chef-d’œuvre ».
Alchimie des mots et des images, c’est un peu comme le Titanic, on connaît la fin, et pourtant ça marche. Ça doit être ça le miracle : le talent et la grâce. Enfin, pour le succès planétaire de James Cameron, c’était la musique et la glace. D’un côté un film qui réchauffe les cœurs, de l’autre un film qui refroidit les ardeurs.
Henri-Jean Anglade









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