Comme le dit henri-Jean Anglade, il est fâché mais pas facho. Moi aussi. Et nous ne sommes pas des gars de la Marine...HK
Marine Le Pen : le drapeau noir flotte sur la marmite du sondage
Au moment où les pays arabes tentent de sortir du schéma dans lequel ils étaient enfermés (dictature/corruption/intégrisme), paraît un sondage franco-français qui fait froid dans le dos et pourrait conduire à une voie qui s’apparente à une impasse : nationalisme/exclusion/repliement.
Un sondage à méditer, un crédit à sonder
Le crédit donné à Marine Le Pen (23 à 24% au premier tour de l’élection présidentielle) pourrait s’avérer comme un nouveau 21 avril à l’endroit de la gauche comme de la droite. Bien sûr, il ne s’agit que d’un sondage, qui plus est à un an de l’élection, dont on sait qu’en général il ne donne que de mauvais résultats, basé sur des intentions fluctuantes voire hésitantes. Balladur et Jospin sont bien placés pour le savoir qui se sont vus khalife avant d’en perdre le trône.
Néanmoins, si sondage ne vaut pas élection, il ne manque pas d’être un baromètre de l’opinion et de nous interpeller sur la menace bien réelle que fait courir cette montée du Front National. Et il est peut-être utile de s’interroger sur une actualité, ou de son instrumentalisation, qui fait le lit de ce penchant. Car il est peu probable que près du quart des électeurs soit assimilable à des extrémistes. A les entendre, ils se considèrent plus comme des Français floués, victimes de la crise plus que pour des cagoulards.
Hélas, leurs voix mêlées à celles d’un noyau central, authentiquement revanchard et dangereusement nationalistes, peuvent entrainer une autre révolution, qui serait en 2012 un cruel réveil avec un vainqueur par défaut, à supposer que de toutes façons Marine Le Pen ne puisse accéder au perron de l’Elysée. Sarkozy repêché par les voix de gauche ou un socialiste élu par les voix complémentaires de la droite ne donnerait pas à priori un président confortablement installé et ne dissiperait pas le malaise. On a vu ce que cela a donné en 2002 avec Chirac. Un tour pour rien, un quinquennat stérile.
Un double discours, une triple détente
C’est bien d’ailleurs ce qui suscite chez les électeurs une interrogation voire une adhésion que ce sondage traduit. Et le renvoi aux calendes grecques du procès Chirac est un exemple de l’impunité dont jouissent les politiques, flagrante injustice dont se repaissent les corbeaux du nationalisme. Quand en plus, un Jean-Luc Mélenchon apparaît du haut de sa tribune, versant dans la diatribe tous azimuts, contre les journalistes compromis avec les politiques et qu’il publie un livre au titre prophétique « qu’ils s’en aillent tous », certains en sont à vouloir le prendre au mot. Ajoutons à cela, la navigation à vue de Sarkozy qui se fait le chantre du patrimoine et du terroir au Puy-en-Velay tandis qu’il caresse les électeurs au cul des vaches comme au Salon de l’Agriculture, et nous avons les ingrédients d’un cocktail potentiellement explosif sur lequel il ne reste plus qu’à verser en vrac une dose de chômage, un zeste très déplacé envers les banlieues et une pointe d’immigration, le doigt justement pointé vers ce Proche-Orient qui s’émancipe tandis que TF1 avec Jean-Pierre Pernault nous offre le spectacle immuable de l’artisanat dans nos provinces. Voilà une douce France en péril pour tous ceux qui rejettent l’opprobre sur l’Europe, sur l’euro, sur l’étranger, et ne se consolent pas de la perte des valeurs (sans très bien préciser lesquelles d’ailleurs).
Voulons-nous d’une France Lepénisée ?
Si nous ne voulons pas vivre des heures sombres, il ne suffit plus de s’indigner, il faut agir, prendre le mal à la racine et dire à l’inverse que notre salut ne peut venir que de l’Europe des hommes et des femmes qui la constituent et pas d’une rivalité des nations, que notre sursaut est en nous, non pas en combattant l’étranger mais en l’intégrant, que notre déclin n’est pas inéluctable mais que nous devons changer de cap et faire l’addition de nos différences plutôt que celle de nos indifférences.
Aux électeurs tentés par le chant d’une sirène nommée Marine, il faut leur faire entendre le tocsin d’un pays aux abonnés absents, et l’illusion d’une France paradant en blanc dans un monde pavoisé de couleurs. Le saucisson en guise de francisque et Jeanne d’Arc en égérie, quel détournement du patrimoine local, quelle vision de l’histoire !
Il est vraiment temps que l’opposition et le PS en particulier se fassent entendre et ne restent pas sourds aux inquiétudes d’une partie de la population. L’alternance en 2012 est plus que jamais souhaitable. Mais pas celle qui se profile derrière le visage de Madame Le Pen. Cette Marine là, il faut la couler.
HJ Anglade
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