Une escouade de chasseurs alpins entre, à la station Saint Lazare, dans la rame de la ligne 14, fusil d’assaut en travers de la poitrine, le doigt tout près de ce que les militaires appellent la queue de détente et que les non-initiés appellent la gâchette. Il sont en tenue camouflage avec leur large béret aux ondulations savantes se terminant en visière sur le devant (mais comment font-ils ?). Ils se répartissent dans la rame, le chef d'un côté, les 7 ou 8 autres d'un autre. Le chef se distingue des autres, il est calme, ses hommes le regardent, prêt à réagir aux ordres comme s’il y avait un risque d’embuscade dans ce métro. Le métro démarre avec une forte accélération. Ma valise à roulettes s’échappe et part en travers du wagon à toute vitesse. Un des hommes est sur la trajectoire, il tend le bras et – d’un geste impérial - arrête ce projectile improvisé.
Le chef consulte avec soin son plan du métro comme s’il regardait une carte d’état-major pour définir le meilleur angle afin de surprendre d’éventuels ennemis qui attendent.
Le métro va arriver à la station suivante. Alors, le chef fait un geste discret de la main qui tient un talky-walky : l’ordre est aussi impératif qu'il est discret, il faut descendre, son index est dirigé vers la porte. Tous les hommes ont compris qu’ils allaient partir en embuscade en territoire urbain et comme fascinés par cet index impérieux qui les dirige, ils s’apprêtent à descendre.
Ils sont sortis mais il reste encore dans la rame une bizarre atmosphère de guerre civile qui me rappelle le jour où, très tôt je suis allé en famille voir le défilé du 14 Juillet, depuis le balcon aux Champs Elysées de l'Agence de Pub Robert & Partners, mon associé de l'époque. Je m’était garé au parking Foch. En débouchant du parking souterrain sur l’avenue, je me retrouve dans un semi-brouillard, au milieu d'une douzaine de...tanks qui attendent de s’ébranler pour aller sur les Champs Elysées. De chaque tourelle émerge un homme casqué, les deux bras tendus. Dans cette atmosphère pesante, sans un bruit sauf le crachotis des talky-walkys, j’ai l’impression de vivre le début d’une insurrection qui va être lourdement réprimée.
Paris à Prague en 1956…










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