Je suis dans le métro et lit mon Libé du jour. Soudain, une voix, une voix de femme s'élève. je pense que c'est un mendiant comme j'en rencontre chaque jour et qui raconte son histoire, toujours la même. Mais là, c'est différent. La voix enfle, enfle jusqu'à la limite de l'audible supportable par une oreille humaine. Les décibels dépassent la limite ; c'est une voix de stentor. Je me retourne et vois une femme au téléphone. Elle ne crie pas, elle hurle, elle hurle, elle hurle, elle hurle, elle hurle, elle hurle, elle hurle. C'est insupportable, et ça dure pendant plusieurs stations jusqu'à la sation Saint Lazare. Manifestement, il n'y a personne à l'autre bout de sa ligne téléphonique. Elle se plaint du bruit qui l'empêche de dormir, et qui serait dû à la RATP, à laquelle elle demande - en boucle - de "prendre ses responsabilités". Excédé, à la limite du court-circuit de mes neurones, je me retourne et luit fait "chuttt" en mettant mon index devant mes lèvres (à la manière du pochoir de 20m de haut, œuvre de Jef Aérosol Place Stravinsky à Beaubourg), mais elle ne voit rien et continue de plus belle.
Elle descend à la même station que moi (un effet de la loi de Murphy ?) et continue son monologue puissant dans le couloir, dans l'escalier mécanique. Des policiers en ronde la voient et hochent la tête. Elle est possédée.
Une minute de silence pour elle SVP.
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