Pris par l'effervescence post-débat, j'ai laissé passer ce billet qu'Henri-Jean mavait envoyé ; il était resté coincé (le billet, pas Henri-Jean !) dans mon gmail entre deux messages probablement passionnants (!). Même s'il est un peu tardif, régalez vous à cette lecture...
Chacun l’attendait et s’attendait au match pour ne pas dire au pugilat, ce fut un débat intense, dense, percutant où les deux protagonistes ont tenté d’incarner la France, celle des cinq ans à venir. Nicolas Sarkozy, engoncé dans ses habits présidentiels qui vont bientôt partir au pressing pour un grand nettoyage de printemps. François Hollande, dans ses habits neufs, qu’il avait loués pour la circonstance et dont il pense bien les récupérer pour les faire sien à compter de lundi prochain. Quand ça démarre sur des chapeaux de roue, Sarkozy fait la moue. Le tirage au sort l’ayant conduit à débuter, François Hollande sans perdre une minute attaque le président-candidat et n’a cesse de le pousser dans ses retranchements. Pugnace, déterminé, sûr de lui, maîtrisant ses dossiers, le candidat du PS n’a rien laissé passer à son adversaire qui a dû regretter le temps lointain de la précédente présidentielle où il se sentait en position dominante. Répondant du tac au tac, l’interrompant parfois, le regard droit dans les yeux, François Hollande a cherché à gommer la prétendue mollesse de son caractère pour apparaître comme le futur possible président. De son côté, Nicolas Sarkozy a bien tenté de le déstabiliser, de lui jeter quelques contradictions et même de ressortir DSK de son placard, sans que pour autant François Hollande ne se départisse d’un calme apparemment déjà Elyséen.
Mensonges et vérités, pas de monopole du réacteur. Point de petites phrases calculées ou faussement improvisées dans ce débat tendu, qui auraient pu rester dans les mémoires et alimenter les titres de la presse. Simplement un peu de moutarde qui monte au nez entre « vous mentez » jeté par Nicolas Sarkozy, avant de l’appuyer par « vous êtes un petit calomniateur » (serait-ce le mot petit qui ait cherché à blesser ?), suivi de sa réponse, faussement amusée, par François Hollande « c’est décidément un leitmotiv qui dans votre bouche devient une habitude ». Pas de quoi se souffleter pour un duel au sommet avant que le soufflé télévisuel ne retombe.
Clap de fin : « Carla prépare les valises». Sans doute conscient qu’il n’avait pas réussi à renverser la table et les tendances, Nicolas Sarkozy, à qui revenait de terminer le débat, s’est employé à se situer dans la perspective d’un second mandat, plus juste, plus fort, plus équilibré, plus en phase avec les attentes des Français. Ce que l’on pouvait sous-titrer par : moins bling-bling, moins partial, moins tapageur, moins clinquant, moins clivant. Le problème, c’est qu’on a payé pour voir et qu’après avoir vu, il semble qu’une majorité de Français préfère aujourd'hui renvoyer le président-candidat à son étude d’avocat où il pourra monnayer chèrement ses prestations, auprès de ses amis du CAC 40.
Plan social à l’Elysée : Nicolas Sarkozy licencié ! N’en déplaise à Monsieur Copé, perpétuel autosatisfait, toujours aussi méprisant vis-à-vis de François Hollande dans ses diatribes Pathé Marconi (« la voix de son maître »), et Madame Kosciusko-Morizet, un brin servile et hélas pour elle dans le mauvais rôle, le vainqueur, s’il doit y avoir, n’est pas dans leur camp. Car à défaut d’avoir pu « l’exploser », comme ils se plaisaient à le répéter, François Hollande l’a emporté en dominant son adversaire par son ton et son "anaphore" : « Moi, président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur, je ne dresserai pas les Français les uns contre les autres… », et son style tout en rondeur affutée. De quoi donner pour les jours à venir du vague à lame à Nicolas Sarkozy, lui qui a cru voir venir la vague et va devoir aller faire des pâtés de sable.
HJ Anglade
P.S. (enfin, façon de parler, parce que ce serait plutôt UMP) : Nicolas et Jean-François sont dans un bateau, l’un des deux tombe à l’eau, qui reste-t-il ? C’est la question que vont devoir trancher les militants à la veille des législatives. Et que nous aborderons avec gourmandise dans les prochaines semaines.









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