Qui se souvient de cet étrange objet, sorte de télé en noir et blanc, qui fit son irruption dans les années 80 et nous fit croire que nous avions une longueur d’avance ? Une sorte de cube que l’on ouvrait, et qui laissait apparaître un mini clavier maigrelet où l’on tapait 3611 ou 3615… C’était le comble de la modernité d’une France qui s’émancipait des années Giscard et s’imaginait conquérir le monde avec cet écran conçu par nos meilleurs ingénieurs.
T’as les boules Quilés ? C’était un temps où le Ministère des Télécommunications était encore celui des Postes et de l’Espace, dirigé à l’époque par Monsieur Quilès. Seulement voilà, sourd à d’autres découvertes, à d’autres horizons, la France s’était mis des boules Quiès et n’entendait pas changer de modèle en matière de réseaux. Messieurs Niel et Perdriel, pour ne citer qu’eux, découvraient les vertus du minitel rose et y gagnaient de quoi faire grossir leur capital pour le plus grand profit de leurs sociétés. De quoi être free en lisant le Nouvel Obs.
Ulla où es-tu, là ? En ce temps-là, plus de 25 000 services fleurissaient pour 6,5 millions d’utilisateurs (en 1994). C’est dire combien 3615 Ulla et autres prénoms en « a » suscitaient des « oh » de la part des financiers (un milliard d’euros de chiffres d’affaires en 2000).
Seulement voilà, en même temps Internet commençait à s’infiltrer dans la toile et à gagner ses galons de nouveau média. Résultat, le 3615 s’est essoufflé et Ulla a perdu sa voix. En 2011, ils n’étaient plus que 500 000 à utiliser les terminaux et ces orphelins vont devoir désormais changer leurs habitudes puisque la saga s’arrête là. A la fin du mois, l’écran du Minitel va définitivement passer au noir. Trente ans d’une french success story qui s’achève dans les poubelles de l’histoire, c’est un peu comme le France ou le Concorde, c’était grand, c’était beau, c’était génial, mais c’était déjà trop tard… ou trop tôt ! Cocorico…
Henri Jean Anglade









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