Certains mots ne sont a priori pas destinés à faire débat, sauf lorsqu’ils sortent de la bouche d’un candidat destiné à devenir un futur président. C’est ainsi que le mot normal a pris une dimension politique pour ne pas dire philosophique qui s’apparente désormais à une posture dont il faut se méfier qu’elle ne devienne une imposture.
Moi, Président normal : Tout d’abord, vouloir être normal quand on aspire à la fonction suprême est une sorte d’oxymore qui pourrait se traduire par une supérieure normalité. Bien sûr, replacée dans son contexte, cette assertion se veut une réponse à une omniprésence permanente qui a usé son acteur principal à force d’abuser, dans tous les sens du terme, le citoyen témoin d’un pouvoir pris dans le vertige de l’action, fut-elle d’apparat. Cependant, et même en réaction, cette « normalitude » n’est-elle pas une façade qui risque de se révèler très vite un trompe-l’œil ?
Dans les clous de la norme : Que le Président de la République prenne le train plutôt que l’avion n’est en soi ni étonnant ni bluffant, qu’il décide de faire arrêter sa voiture aux feux rouge est une mesure appliquée par les autres automobilistes, qu’il habite chez lui plutôt que dans un palais, relève d’un choix personnel qu’il n’est pas le premier à envisager… mais ce qui est fascinant c’est que les médias le soulignent comme l’exemple d’une nouvelle normalité, preuve que l’extraordinaire peut surgir de la banalité.
Jusqu’où tiendra-t-il se demandent les commentateurs ? Pourra-t-il tenir la distance tout en refusant que celle-ci ne l’éloigne du peuple auquel il est censé ressembler jusque dans ses habitudes ?
Le pouvoir version « arte povera » : Dans cette mise en abîme du normal pensé comme un rejet du formalisme étouffant de la fonction présidentielle, le candidat ayant revêtu les habits de la fonction peut-il s’en exonérer ? Ou tout cela n’est-il qu’une illusion destinée à tenir pour les cents jours, cette empreinte d’un quinquennat qui se mesure ensuite à l’aune des promesses tenues ou non ? A dire vrai, nous n’aurons les réponses que dans cinq ans, pour l’heure, nous n’en sommes qu’aux prémices et dans une communication somme toute balisée pour faire de la modestie un gage d’économie : François Hollande stoïque lors de son investiture malgré la pluie battante mais remontant les Champs-Elysées en C5 cabriolet modèle amphibie, le même et sa compagne en couple libre de s’aimer, Monsieur prouvant son aisance avec Obama, Madame vantant la maroquinerie française auprès de Michèle Obama, Jean-Marc Ayrault dont on suppose qu’il veille à éteindre la lumière quand il quitte son bureau, Cécile Duflot en jean au conseil des ministres, Manuel Valls en costume de premier communiant pour blanchir l’image de premier flic de France, Arnaud Montebourg, doublure de Monsieur de Fursac, en porte-drapeau du made in France dans un ministère à la réminiscence bolchévique d’un hypothétique redressement productif.
Un été aux allures de congés payés : Nous attendons avec impatience la fin juillet quand le gouvernement se mettra en vacances et nous annoncera la liste des destinations, en lieu et place des palaces habituels de l’ex-président et de feu son Premier Collaborateur, François Fillon qui se mettait au vert en Toscane. Cet été, il est probable que nous aurons droit aux pieds en éventail des uns et des autres (Jean-Marc Ayrault est adepte du caravaning), à Palavas-les-Flots, à Berck-plage, aux Sables d’Olonne ou à Argelès-sur-mer, loin des villégiatures trop tapantes et bling-bling des prédécesseurs. Saint-Nectaire va remplacer Saint-Tropez dans le tropisme balnéaire et la République sera plus scrupuleuse dans ses fromages distribués à ses serviteurs reconvertis dans un secteur public qui ne se prive pas de les gratifier avantageusement.
La normalitude, la juste attitude : Finis les salaires mirobolants, les prébendes en cascade, les patrons du CAC 40 devront être eux aussi normaux et accepter de réduire leur train de vie. Maurice Lévy et ses 16 millions d’euros de bonus devra faire acte de contrition en les versant aux Restos du cœur s’il ne veut pas se voir attribuer un super malus du mauvais exemple. Voilà la conclusion d’une ère normale où les écarts salariaux devraient être réduits de 1 à 20, tel que le gouvernement l’envisage. C’est donc ça l’un des buts de la norme : envier son voisin, seulement sur une échelle de un à vingt, ce qui laisse la place à la jalousie raisonnable comme moteur d’un socialisme humain.
Henri-Jean Anglade
P.S. : je ne sais si notre Président et celui des Etats-Unis en ont parlé lors de leur première rencontre, mais il serait souhaitable, dans le cadre de nos bonnes relations, que l’enclave Elyséenne soit jumelée avec la ville de Normal dans l’Illinois. Ce n’est pas une blague, la ville existe réellement, voisine de Bloomington, où se trouve le campus Illinois State University. Des étudiants normaux décrochant un diplôme normal et vivant à Normal, quoi de plus normal !









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