Il fut un temps où l’on s’écrivait avec la fébrile attente du facteur et d’une enveloppe en retour que l’on décachetait, anxieux du contenu de la réponse. Mots doux, papiers froissés, billets volés, on était un peu timbré à l’idée que cette correspondance soit inachevée, qu’une grève de la Poste ne vienne interrompre ce ballet rose où l’encre avait le parfum des sentiments inavoués ou enflammés.
Puis, nous nous en sommes affranchis quand à l’orée de ce XXIème siècle, Internet a pris le pas sur toute autre forme d’échange. En quelques années, nos vies ont basculé (enfin, pour certains) et le mot réseau accolé à social a pris une dimension planétaire. Soudain, plus de frontières, plus d’océans, la terre avait rapetissé, nos horizons s’étaient élargis, nos vies étriquées devenaient électriques, un trombinoscope géant allait tout emporter, véritable tsunami de nos vieilles habitudes.
Le joujou de Monsieur Zuckerberg
Facebook, faut-il le citer, venait de voir le jour en cette année 2004, entre étudiants sur le campus de Harvard. A partir de 2006, le site prenait son essor pour devenir cette boîte-à-l’être sidérale et sidérante, et faire son entrée au Nasdaq en vue d’une méga capitalisation boursière à hauteur des enjeux planétaires que représente maintenant le joujou de Monsieur Zuckerberg.
Partie visible de l’iceberg, le petit Mark Zuck, n’était cependant pas seul bien qu’à présent il se la pète un peu en solo. N’oublions pas qu’ils furent quatre mousquetaires à participer à l’aventure dans une chambre, dont Eduardo Saverin, Dustin Moskovitz et Chris Hughes, auxquels il faut ajouter le graphiste Andrew Mac Collum. Le succès aidant, The Facebook (le The a disparu) est devenu la chose de son co-fondateur avec qui il est désormais confondu, comme son éternel look étudiant, capuche au vent.
My nombril is wonderful
Ce qui est incroyable dans ce succès (dont je ne cesse personnellement de m’étonner, surpris de la propension de mes concitoyens à étaler leur vie privée de manière plus ou moins grandiloquente), c’est que si ce trombinoscope avait été initié par un quelconque Big Brother, chacun s’en serait offusqué y voyant là atteinte à son intimité. Au lieu de cela, plus de 900 millions d’utilisateurs, considèrent cette page offerte, quoique soumise aux appétits voraces des publicitaires, comme un espace de liberté, de retrouvailles et de semailles, voire de moissons.
Comic strip (tease)
C’est l’effet comique de Facebook, donner à voir et à se voir quitte à se livrer à un déshabillage médiatique qu’aucun état policier n’aurait jamais osé imaginer. Et ce matraque vaut pour son fichier désormais vendu aux enchères. Avec une action à 38 dollars, valorisant l’entreprise à plus de cent milliards, le petit Mark et ses copains prouvent qu’en moins de dix ans, on peut faire fortune simplement en utilisant le bouche à oreille et à partir d’une idée aussi vieille que le colportage.
Chapeau bas, enfin, down hat !
Tiens ça m’en donne une autre, d’idée : un site de partage pour changer le monde où la réflexion primerait sur la simple formulation, où la lenteur serait une vertu et où il ne serait pas question de gagner du temps mais de savoir en perdre, où la pudeur serait de ne rien dire sauf entre les lignes…. Où la mode reviendrait à porter un canotier, une casquette, un feutre et tout autre couvre-chef, pour derechef tirer son chapeau chaque fois que nécessaire et s’obliger ainsi à une sorte de salutation distinguée : www.downhat.com c’est le moment d’investir, c’est encore gratuit mais je ne réponds pas du succès… en 2020 !
Henri Jean Anglade
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