(et de la candidature chronique de certains). Henri-Jean Anglade a rassemblé ses réflexions sur l'ensemble des candidats à la Présidentielle. Voici son premier billet.
Ils étaient une soixantaine sur la ligne de départ, il n’y en aura qu’un seul (ou une seule) à l’arrivée. Pour décrocher la médaille (et tout ce qui va avec), il ne faut pas nécessairement partir le premier mais être doté d’un solide équilibre et ne pas avoir le souffle court. La première qualité du candidat c’est de tenir la distance. Et de savoir décocher, le bon moment, un uppercut ou esquiver les coups, qu’ils viennent de la droite ou de la gauche. Il n’est souvent de pire ennemi que dans son propre camp, Ségolène s’en souvient qui avait fort à faire avec ses Laurent, Martine, Jack et autre Lionel pour ne citer qu’eux. Aujourd’hui, à son tour, Nicolas Sarkozy peut mesurer combien son parcours, s’il veut le mener à terme, s’apparente à la solitude du coureur de fond.
L’élection au suffrage universel a depuis 1965 placée le président de la République sur un trône, siège éjectable au bout d’un quinquennat désormais. Et si l’élection reste souveraine, rappelons-nous la formule incisive de Clémenceau : « La démocratie, c’est le pouvoir pour les poux de manger les lions ». Bon appétit !
Au bal des prétendants, nous ouvrons le feuilleton :
Saison 1/36
Petits ou grands candidats, affichés ou potentiels, candidats à la candidature, ils sont classés selon leur casaque : droite, gauche, centre, extrême droite, extrême gauche, à laquelle s’est ajoutée la division des « hors catégorie » parce qu’ils jouent souvent hors champ, hors cadre et hors parti. Enfin, la liste ne serait pas complète sans ceux qui auraient bien voulu mais n’ont point pu, empêchés par un destin contrariant ou contrarié par un contexte défavorable. Ceux-là sont désormais hors jeu, hors compétition, ils sont classés « in memoriam ».
Désormais, à chacun de trouver son candidat dans cette foire quinquennale.
Droite : le vent tourne ! Oui mais encore, droite républicaine, bonapartiste ou conservatrice, un peu gaulliste ou gaullo-sociale voire socialo-gaulliste. Philippe Séguin étant mort et enterré, la droite se cherche son grand homme. Vu le président actuel, c’est pas gagné !
Nicolas Sarkozy : mal barré mais il tient encore le gouvernail
Les Français aiment bien sortir les sortants. Là, ça fleure la provocation. Pourtant, Mister Chance qui y croit encore. « Cette élection, je la sens bien » a t-il dit… Sauf que les sondages sont au plus bas, et le doute qui s’est emparé de sa majorité au plus haut.
Quelques outsiders de son camp le verraient bien chuter pour prendre la succession, mais ne s’improvise pas khalife à la place de l’émir, n’importe quel de ses sujets. Il le sait bien d’ailleurs, lui qui dut attendre et ruser sous le quinquennat de Chirac avant qu’un boulevard ne s’ouvre à lui, malgré les réticences du monarque d’alors. Fillon à Matignon scrute l’horizon, Jupé se sent ragaillardi, mais à l’UMP on est au garde-à-vous derrière son chef, fut-il un général en déroute. Quant à l’aiglon de Meaux, il sort ses griffes de temps à autre mais ne serre pas trop, sachant que si le chef a souvent tort, il feint de croire qu’il a ses raisons. Et lorsque la coupe est pleine, le Copé se verrait bien en invité, guest star d’une élection à laquelle il songeait en culottes courtes. Cela dit, cinq ans, c’est court, c’est long, c’est selon, so long le destin.
Nicolas est là et ne tient pas à céder un pouce de son pouvoir, lui qui prend son pied à humilier ses adversaires, principalement de l’intérieur. Il a droit d’aînesse et si la droite fait figure d’ânesse aux yeux de la gauche requinquée, sondage à l’appui, le Tom Pouce de l’Elysée se verrait bien un bail supplémentaire, pouponner avec Carla et reprendre un cocktail au Fouquet’s. Sauf que là, les Français sont las et sa cote de désamour frise la cote d’alerte. Il n’en a cure et se dit qu’à l’heure des comptes, il saura faire valoir son bilan, jouer des antagonismes de l’autre camp et taper là où ça fait mal : populo-démagogique à souhait, il réitérera promesses sans lendemain pour veilles de lendemain qui enchantent et dimanches où l’on rase gratis dans les usine center.
Il a reçu des coups, il a encaissé, il méprise ses challengers, cela lui tient lieu de viatique et sa profession de foi est simple : au-dessus des lois, il y a moi sinon le déluge et le chaos socialiste.
Il se pourrait cependant qu’il morde la poussière dès le premier tour ou qu’il sorte du ring au second par KO. Le roquet serait alors éjecté par un tir groupé de roquettes et Carla n’aurait plus qu’à lui susurrer la chansonnette pour le consoler : « je suis l’amoureuse… le temps s’est arrêté, les élections sont passées, le peuple est volage, les minutes frissonnent et l’ennui fait naufrage… le bruit du chagrin s’éloigne lentement ». Poussant la poussette, il pourrait alors ouvrir une bijouterie rue du Faubourg-St Honoré à l’enseigne Rolex. Louis XVI aussi aimait beaucoup les mécaniques célestes et l’horlogerie.
HJA (feuilleton à suivre)
Illustration : ICI
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