Le livre Imagin'Nation de Brice Auckenthaler vient de paraitre. Voici sa préface (que j'ai eu le plaisir de rédiger...)
Brice - et ses méthodes originales destinées à enfanter l’innovation - m’a toujours étonné : mais quel est donc son secret pour ORGANISER la production d’idées, pour PLANIFIER le concept qui va révolutionner un secteur, pour être créatif sur demande ? Surtout que la méthode que j’ai personnellement pratiquée tout au long de ma carrière éclectique dans l’informatique, l’édition ou maintenant dans le marketing et la publicité est radicalement différente.
Il m’est arrivé souvent que des clients ou des amis, ignorant les méthodes redoutables de Brice, me demandent : - Tu n’aurais pas une idée géniale pour moi ?- Je cherche une accroche pour mon annonce. Tu dirais quoi, toi ? - Je suis en panne d’idées en ce moment, trouve m’en une et évidemment si possible une bonne, une originale, une décalée, une qui décoiffe…) - Ah, j’oubliais : je veux une idée géniale… et pas chère ! Systématiquement, je répondais : Pas de problème, je vais aller voir dans mon tiroir à idées, c’est là où je les stocke ; c’est pour quand ?… Evidemment, il n’y a pas plus d’idées dans mon tiroir que d’éléphants dans le cimetière ! Alors, comment je fais ? Je place la question dans un coin de ma tête, pense à autre chose et quelques jours après ou quelques heures, et parfois même quelques secondes, une bulle monte à la surface de … de quoi d’ailleurs ? de mon cerveau ? de mes yeux, de mes oreilles ? de mon stylo Montblanc et de ma feuille de papier ? de mon écran d’ordinateur ? Je ne sais pas mais il suffit que je regarde la bulle crever à la surface pour recevoir – en divin cadeau de mon inconscient – une bonne idée, originale, décalée, qui décoiffe (d’ailleurs toujours trop …).
C’est dire combien je suis admiratif quand je vois Brice organiser la production d’idées, et combien je suis honoré quand il m’invite à ses séances de ICC2 (joli acronyme vous ne trouvez pas ?). Même si le « hic », c’est que le ICC2 ne marche que s’il réveille d’urgence l’imagination collective. Ma première rencontre avec Brice s’est faite d’emblée sous les auspices de la disruption. A l’époque - c’était en novembre 1987-, Brice était Directeur de Clientèle dans l’agence de Publicité Robert & Partners présidée par Daniel Robert ; et moi, je venais de m’associer depuis quelques jours avec cette agence pour lancer Communider, mon Agence de Marketing Direct. Ma première mission fut de réfléchir et écrire quelques lignes de stratégie destinées à un prospect vendant des fers à repasser, dans le cadre d’une compétition d’Agences. Et Brice était précisément le Directeur de Clientèle qui menait la compétition.
Quelques jours plus tard, je croise Brice dans un couloir de l’Agence. Je le sens un peu nerveux, tendu, concentré sur cette compétition de fer à repasser. Il s’apprêtait à aller prendre le train pour le rendez vous de présentation en début d’après midi. Tout à coup, Brice se détend et son œil ‘’frise’’, manifestement il vient d’avoir une idée : il me regarde d’un drôle d’air, ou plus précisément il regarde ma cravate, très colorée, très fun, très « décoiffante ». Et il me dit :- Henri, tu veux bien me prêter ta cravate ?- Euh… oui, bien sûr. Mais pourquoi ?- Je suis sûr qu’elle va me porter chance, je la sens chargée de bonnes ondes…- Tu crois ? Bon, alors faisons échange et donne-moi la tienne. Et nous enlevons chacun notre cravate. Brice me tend sa cravate en soie de chez Hermès, du meilleur goût, sauf … qu’elle n’était pas à mon goût. Le lendemain, je croise Brice, tout sourire : il avait gagné la compétition ! Je lui avais passé une cravate à idées, une cravate gagnante.
Pourquoi je vous raconte cette histoire ? Parce que Brice le savait, l’innovation est toujours le fruit d’un cerveau enfiévré, superstitieux, qui aime prendre des risques et qui jouit de la transgression. C’est mon cas. C’est ainsi qu’en une heure dans un Salon de Livres, j’ai eu l’idée de négocier les droits de pratiquement tous les auteurs de Bandes Dessinées pour lancer un produit inédit qui allait rencontrer un succès époustouflant : les BD en édition reliée vendue par correspondance. C’est ainsi qu’en visitant un magasin à Atlanta avec Bernard Darty j’ai eu l’idée – et lui ai proposé - de vendre une « sur-garantie » au delà de la garantie constructeur. Cette simple petite idée allait constituer le socle du Contrat de Confiance et le socle de la fortune des magasins éponymes. C’est ainsi que j’ai eu l’idée de vendre, pour la première fois, du vin en abonnement par correspondance. C’est ainsi que j’ai trouvé des dizaines de noms de produits, de slogans ou de marques. C’est ainsi que j’ai eu l’idée d’utiliser (enfin) mes compétences originelles d’ingénieur pour dessiner la ligne de meubles Minimals. C’est ainsi que j’ai eu l’idée avec mon ami ‘’PPC’’ de lancer les Vidéos du Succès qui ont rencontré un franc succès… Parmi les centaines de vidéos déjà tournées, il y en a précisément une dont le sujet concerne ce livre ; elle a été tournée avec un professeur de philosophie, Jean-Pierre Hamel. Vous pouvez la voir ICI
En voilà le scénario : Qu'est ce qu'une idée ? Une idée, c'est comme un petit oiseau qui quitte une branche, ou une bulle qui monte à la surface de l'eau. Il faut l'attraper juste à ce moment-là, sinon elle prend sa liberté, s'envole et disparait.
- Une bonne idée, c'est avant tout une idée simple, … mais pas simpliste. C'est une idée qui semble évidente, qui s'impose d'elle-même en quelque sorte. Tellement simple que tout le monde a l’impression – fausse - de l’avoir déjà pensée
- Une bonne idée fait peur. Elle fait peur car elle ouvre vers l'inconnu Ca ne ronronne pas, ça réveille. Elle est le plus souvent en rupture
- Une bonne idée naît souvent du dialogue, de la discussion, de la confrontation. L'accouchement est pénible mais le bébé est beau
- Une bonne idée ne supporte pas le compromis. Quand on rabote les points (trop) forts et que l'on comble les points (trop) faibles, on arrive à des compromis qui engendrent des idées molles, sans force ni conviction. Ces idées peuvent faire consensus mais elles ne sont pas puissantes pour autant.
- Une bonne idée s'attrape. La méthode est simple ; il faut être ouvert aux autres, ouvert à son environnement, ouvert à soi-même. Surtout, ne pas se censurer. C'est l'abondance qui est recherchée dans un premier temps. Ensuite, on trie à tête reposée.
- Comment ça se passe ? Comment viennent-elles ? c'est une question difficile. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il faut être disponible à tout ce qui vient, être attentif à tout ce qui passe. Les bonnes idées sont dans l'air. Avec un peu de concentration, on les voit, et quand on ne les voit pas, c'est l'inconscient qui travaille dans son coin et vient à la rescousse le matin, le soir, n'importe où…
- Chacun d'entre nous dispose d'un « muscle à idées ». Ce muscle, il faut le faire travailler régulièrement ; il faut l'entrainer comme le ferait un athlète. Ne soyez pas avare d'idées ; si on vous en pique une, ne soyez pas hargneux, vous en aurez d’autres. Car plus on a d'idées et plus on a d'idées. Notre slogan, c'est : Plus t'en as, et plus t'en as ! Avoir une seule idée, et s'y accrocher, c'est souvent mauvais signe !
Et n'oubliez pas, en guise de conclusion : une idée peut mettre une seconde, ou une vie, pour apparaitre. Et il vaut mieux une idée moyenne que pas d'idée du tout. Maintenant, pour être sûr d’avoir des idées et pour innover dans notre monde impitoyable où celui qui n’avance pas recule, je vous conseille de glisser le livre que vous êtes en train de lire dans votre tiroir à idées, là où vous vous avez pris l’habitude de ranger vos panoplies d’outils. Vous allez démultiplier votre production d’idées, et en plus vous y prendrez goût. Merci Brice pour ce livre !








J'ai adoré cet article ! Je rajouterais juste une petite couche, largement inspirée par la bio d'Anita Roddick... Il faut aussi que l'idée paraisse un peu folle. Si tout le monde adhère immédiatement c'est que l'idée n'est pas si innovante que ça, ou qu'elle est déjà dépassée... Je sais bien que cela entre en confrontation avec le principe de l'oeuf de Colomb, mais aujourd'hui je trouve que cela prend sens.
Je veux rencontrer ce Brice !
Rédigé par : Fanny - anosenfants | 11/01/2012 à 10:15