Voilà en bonus, la dernière réponse (la 51ième) que Philippe Cahen nous livre dans son livre paru aux Editions Kawa : 50 questions aux questions que vous n'oserz pas vous poser ! Philippe aborde dans cette question que nous ne nous sommes pas posée le sujet d'actualité des Big Data. Je n'ai pu résister au plaisir de vous faire lire son point de vue...
Scénario dynamique : Ce scénario dynamique est le scénario dynamique de
conclusion. Nous vivons un monde de chiffres et de lettres. Ici de big data et …
de nez.
Nous sommes entrés dans le big data. Cette expression semble
apparaitre en 2008. Elle désigne les grandes quantités de données. Et aussi la
rapidité d’entrée puis de traitement de ces données. Il faut entrer toutes les
données pour en avoir des sorties intéressantes. Facebook analyse instantanément
les informations communiquées par son milliard d’"amis". Google
fait de même sur ceux qui fréquentent son moteur de recherche, son navigateur,
son système de smartphone et de tablette, YouTube aussi. Ces internautes reçoivent
donc les informations, les publicités les plus ciblées. On imagine dans des
registres professionnels l’utilité de croiser la météo, la géolocalisation, les
informations à l’agriculture, la logistique, l’analyse des ventes des
hypermarchés. TOUT est data. Tout est information. L’hypermarché, la finance,
la santé, l’énergie, la mobilité, les réseaux sociaux. Tout est data. Ce qui
prenait des jours, des semaines voire des mois à calculer au temps du crayon, prend
des nanosecondes.
Le secret du big data est dans ses algorithmes car sous la
surabondance de data il faut savoir que croiser, comment le croiser et pour
quel résultat. Accessoirement, les mathématiciens français – ou plutôt les individus
formés aux mathématiques françaises - jouent une carte des plus importantes
dans ce domaine. Concrètement, les Français ont cette force d’inventer des
algorithmes astucieux et puissants. Criteo par exemple (start-up française, 9
millions $ CA 2009, 200 millions en 2011) a développé un algorithme de
prévision du comportement de l’internaute et facture à l’annonceur la bannière
cliquée. Criteo prend le risque, et a en contrepartie un taux de clic dix fois
supérieur à celui obtenu sur le marché.
Le temps est donc au recueil, à la mise à disposition des
données sans savoir à l’origine le sujet d’exploitation, par exemple ces
applications que l’on voit fleurir sur nos smartphones. C’est ce qui a
encouragé les États et les administrations à ouvrir leurs datas. En 2010, il y
avait 1,2 zettaoctet (= 1,2 trillion de gigaoctets) de données créées et
répliquées, on en attend 35 en 2020. La France a mis en ligne plus de 700.000
jeux de datas (data.gouv.fr) le 5 décembre 2012. Même la secrète RATP s’est
ouverte. L’accélérateur du big data est double, d’abord le "cloud
computing composé de data centers" (stockage d’information dans des lieux
spécialisés et non dans le lieu de l’émetteur de l’information) et les
fabricants d’ordinateurs surpuissants. IBM en est le leader et couvre le quart
du marché. Les chiffres effacent les anomalies, amplifient les mouvements, se
sécurisent les uns les autres.
Ouf ! Qui échappe aux chiffres est mort !
NON. Et pour plagier Molière et le malade imaginaire : le nez, le nez, vous dis-je.
La moitié des découvertes sont le fait du hasard, ce que
l’on appelle la sérendipité et que j’ai longuement développé dans Signaux Faibles, mode d’emploi.
Or curieusement, les succès les plus étonnants viennent du
nez, de l’intuition, pas des chiffres. Le SMS n’a pas été prévu par les
opérateurs téléphoniques. Microsoft n’a pas cru en Internet, puis dans le
téléphone mobile. Les banques n’ont pas vu Paypal. Carrefour n’a pas cru en le
supermarché, en le commerce de proximité, dans le « drive ». Louis
Schweitzer a dû imposer la Logan à son bureau d’étude. Comme son bureau d’étude
a dû imposer la Tour à Gustave Eiffel qui n’y croyait pas. Les exemples sont
multiples et touchent tous les domaines.
Les chiffres sont une sécurité, du présent, ils entérinent
le passé, ils ignorent l’avenir et ne connaissent rien du futur. Le nez, vous
dis-je. L’intuition. L’écoute. Regarder ailleurs. Faire autre chose. Lire autre
chose. Changer. Bouger. Casser les routines. Copier, décopier. Construire,
déconstruire. Aller à l’inverse de ses convictions.
Une question inverse que l’on ose se poser ou plutôt une
remarque : Je souhaite avoir contribué à faire grossir votre nez, votre
intuition, aux longs de ces 50 réponses de ce livre…
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