Miss.Tic Café (10... et fin) : Si dans la nuit nos cris d’oiseaux se taisent - Vous mendierez des nouvelles
On est ici dans la plus parfaite homophonie : comme pour « Tes faims de moi sont difficile », seul l’écrit peut décider du sens. Tout est fait pour tromper l’auditeur ? Non pas ici, puisque l’image poétique du début de la citation vient colorer la seconde partie.
Etrange et envoûtant, le cri de l’oiseau nocturne ( et on pense au cri du rapace - hululement de la chouette - plutôt qu’au chant du rossignol) nous parle comme aucun langage humain ne saurait le faire. Comme la musique, comme la voix humaine dans le chant, ce cri s’adresse directement à notre sensibilité, sans passer par l’étage du décodage du sens.
Je risquerais bien une citation de Héraclite : « Le maître dont l’oracle est à Delphes, ne dit ni ne cache rien, mais il signifie ». Oui, je sais, Héraclite, célèbre pour son obscurité dès l’antiquité n’est pas le philosophe rêvé pour éclairer les propos de Miss.Tic. Mais je l’aime car c’est lui qui voyant ses disciples hésiter sur le seuil de la cuisine à venir le rejoindre, leur dit « entrez, ici aussi il y a des Dieux ». S’il y a des Dieux quelque part, c’est dans la cuisine. Pourquoi n’y en aurait-il pas aussi dans un restaurant ? Fin de la séquence émotion.
Tout de même, la phrase de Héraclite nous rappelle que pour les présocratiques, le langage ne signifie rien. Il
n’y a rien de valable à dire. Son rôle est de relier les hommes : nous nous rencontrons en parlant, même si c’est pour ne rien dire. Le Dieu (Apollon ici) signifie par oracle : les transes de la Pythie, les entrailles du poulet, le vol des oiseaux. Voilà ce qui a du sens. Le cri des oiseaux la nuit aussi. Surtout quand ces oiseaux sont des humains.
Vous mendierez des nouvelles, parce que nous avons besoin de cela pour vivre. Nous avons besoin des émotions de la poésie, de son ébranlement, de son univers enchanté ou empoisonné. La poésie ne donne pas à connaître : elle donne à vivre (même si à partir de là, il y a quelque chose à connaître).
La parole est à Cat.
J.P.Hamel
PS. La photo du pochoir vient de LÀ. elle a été prise par Paul Cellier, insérée dans une note de Hans Karssenberg 12-11-2006. La photo de Cat a été prise par Francis.







pourquoi t'en dire, se taire et promener son oeil nouveau né, lui glaner les miettes colorées
Rédigé par: brigitte bernard | le 23 juillet 2007 à 15:31
« pourquoi t'en dire… »
c’est une question que j’avais moi-même posée pour commencer la soirée au cours de la quelle j’ai tant parlé…
Je ne peux que redire ce que j’ai déjà dit : les pochoirs de Miss.Tic sont des incitations à la pensée - poétique aussi bien que philosophique - et la vôtre est aussi essentielle que la mienne dans cette relation.
Mais la pensée de chacun se nourrit aussi de la pensée des autres, et moi je serais bien content d’en connaître « les miettes colorées »
P.S. Un grand merci à Henri pour avoir mené à bien et jusqu’au bout la mise en ligne des échos de cette soirée.
Rédigé par: Jean-Pierre HAMEL | le 25 juillet 2007 à 05:19