Pour mieux comprendre ce qui se passe dans la "Guerre au pinceau sur les murs de Paris" (cf. article du Monde), et à la suite des barbouillages scandaleux de la Butte aux Cailles, j'ai demandé son avis à Samuel, graffeur et membre du FanClub. Voilà ce qu'il m'a écrit, accompagnant son texte de quelques photos :
Il faut dire aussi que c’est l’univers graffiti de Paris qui est assez fermé (même si l’on ne peut pas généraliser). Ainsi un bon nombre de « writers » ne considèrent pas les autres artistes issus de la culture urbaine - comme les pochoiristes et autres colleurs d’affiches - comme faisant partie de leur « monde ». Pour eux, ce n’est tout simplement pas du graffiti et c’est pourquoi ils recouvrent sans hésiter les pochoirs et affiches par des tags ou des graffs, ainsi qu'on peut l'observer.
Le graffiti à Paris, c’est assez strict en général : un style assez homogène chez les vandales, des lettres lisibles placées dans des endroits visibles et si possible des endroits qui restent. Voilà pourquoi on a pu observer le recouvrement de la plupart des graffiti « légaux » (décoration de rideaux de fer illustrant un commerce par exemple) par des lettrages souvent chromés, les writers ayant remarqué qu’ils avaient ainsi plus de chance de ne pas être effacés. Dans ce cas précis il y a plus une démarche de recherche de longévité du graff qu’un manque de respect ; mais bon, ça implique le recouvrement d’une décoration parfois réalisée en plusieurs heures par un graff réalisé souvent en quelques minutes, risque d’interpellation oblige…
Certains se fichent des pochoirs et affiches et apposent uniquement leur signature pour qu’elle soit lisible (…par les autres writers uniquement, car cette discipline énerve la plupart des passants plus qu’elle ne les intéresse), et d’autres font exprès de recouvrir les pochoirs pour saboter ce qu’ils disent ne pas être du graffiti.
Mais cette attitude n’est pas partagée par tous les « writers ». Certains sont plus respectueux et posent leurs tags à côté des pochoirs et affiches sans empiéter dessus.
Tout ces débordements sont liés à des codes et à un manque d’intérêt vis-à-vis de toutes les formes artistiques.
Prenons l’exemple de Barcelone, où depuis les débuts se côtoient des petits pictos ou dessins, tels que la chupetta negra ou la mano, et les graffitis et signatures. Ces pictos s’intègrent parfaitement et sont respectés... Il faut noter aussi qu’ils sont plus compréhensibles par tous, contrairement aux signatures et graff.
C’est un état d’esprit. C’est aussi parce que les différents acteurs de la scène collaborent, alors que c’est plus rare à Paris où ceux qui font du « post graffiti » ne se mélangent pas spécialement avec les graffeurs. On peut parler de la Middle Class (MC) à Toulouse qui mélange tous les styles, affiches, pochoirs, graffitis à la bombe au pinceau ou à l’encre de chine, et il y a d’autres groupes comme ça, mais il y aura toujours d’autres acteurs de la scène qui expliqueront que ce n’est pas du graffiti, que
c’est juste des gars qui se prennent pour des artistes…
Mais on ne peut pas généraliser, il y a des cons partout… Pour moi les affiches, les pochoirs les tags les graffs, toutes ces disciplines font partie de la culture urbaine, et un bon nombre de writers partagent cet avis.
Je pense aussi qu’une fois dans la rue, cette culture appartient à la rue. La rue n’est pas une galerie permanente…
Les commentaires récents